Approche

L’agence conduit des opérations de réhabilitation et de restructuration de bâtiments anciens, le plus souvent protégés au titre des monuments historiques ou situés en site patrimonial remarquable : hôtels, casinos, restaurants, logements. Ce sont des établissements recevant du public dont l’exploitation ne s’arrête pas pendant les travaux, et dont chaque intervention passe par l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France ou de la DRAC. Cette concertation apporte au projet une connaissance du bâtiment que personne d’autre ne détient, et c’est souvent d’elle que vient la bonne idée. C’est aussi ce qui permet d’obtenir les autorisations sans perdre de mois, et de mener les travaux sans fermer l’établissement.

L’agence revendique une posture d’architecture de réparation : attentive à l’usure, à la maintenance, aux fragilités comme aux qualités des lieux existants. Prolonger ce qui peut l’être, limiter la démolition, considérer le coût carbone d’une édification ex nihilo dans un contexte d’épuisement des ressources.

Ce n’est pas une position de principe. C’est une méthode de projet.

Partir du bâtiment

Avant le dessin, la lecture. Sur le Casino de Trouville-sur-Mer, inscrit au titre des Monuments historiques, le projet s’est ouvert par un diagnostic complet : chronologie de l’édifice depuis le concours de 1910, identification des campagnes successives, bilan sanitaire du bâti. Ce travail a produit le constat qui commande tout le reste — les aménagements les plus récents, étrangers à toute doctrine patrimoniale, sont réversibles.

Rue de Vaugirard, à Paris, la lecture a porté sur les cours. Deux cours intérieures que les décennies avaient comblées d’ajouts successifs, posés au gré des besoins, sans cohérence morphologique. Reconnaître ces strates, distinguer ce qui relevait de l’édifice de ce qui s’y était déposé, a permis de dédensifier le cœur d’îlot, de restituer des façades anciennes masquées et de rendre lisible depuis la rue une profondeur de parcelle que plus personne ne soupçonnait.

Au Casino de Dinard, les plans de février 1966 conservés à la Médiathèque ont permis de redessiner les menuiseries du rez-de-chaussée à l’identique du High-Life Casino. Le dessin définitif, les teintes et la nature des vitrages ont été arrêtés avec l’Architecte des Bâtiments de France.

Défaire avant d’ajouter

À Deauville, une mezzanine rapportée balafrait la façade d’un restaurant et privait la salle de sa vue : la déposer a suffi à rendre au socle sa hauteur d’origine et à la façade sa lecture. À l’Hôtel Fouquet’s Barrière, la lecture patrimoniale a conduit à deux interventions localisées plutôt qu’à une transformation d’ensemble — rien n’a été démoli.

Travailler avec le patrimoine

Monument historique inscrit, site patrimonial remarquable, secteur AVAP, protection Ville de Paris, abords de monument : la plus grande part des projets de l’agence s’inscrit dans un périmètre protégé. L’échange avec l’Architecte des Bâtiments de France ou la DRAC n’est ni un obstacle à contourner, ni une formalité à franchir une fois le projet arrêté.

C’est un temps de conception à part entière. L’agence l’engage tôt, quand les partis sont encore ouverts, pour que l’avis instruise le dessin plutôt qu’il ne le corrige. Une teinte, la nature d’un vitrage, le tracé d’une menuiserie : ce qui se décide en séance entre dans le projet et le transforme. La concertation n’accompagne pas la conception, elle en fait partie.

Un bâtiment protégé accueillant du public relève de deux corps de règles qui ne disent pas la même chose : la conservation protège ce que la sécurité incendie demande de modifier. Dégagements, cloisonnement, désenfumage, accessibilité — chaque point se construit en concertation avec la commission de sécurité et l’Architecte des Bâtiments de France, autour d’une même table. C’est là que se décide la faisabilité réelle d’un projet, bien avant le dessin, et c’est un savoir-faire qui s’acquiert opération après opération.

Construire sans fermer

Casino de Dinard, Casino de Cherbourg, réhabilitation de quatre-vingt-dix logements au Havre : l’établissement est resté ouvert, les habitants sont restés chez eux. Cette continuité d’exploitation structure la conception autant que le programme.

Une pratique nourrie par la recherche

Julien Paulré est architecte DPLG et titulaire d’un DEA d’Histoire de l’Architecture Contemporaine. L’agence publie sur les questions qui traversent ses projets : la présence de l’architecture et sa masse, la place laissée au vide, la disparition et le dévoilement, l’échec comme donnée de projet.

Les opérations de l’agence se répartissent entre Paris, la Normandie et la Bretagne — Deauville, Trouville-sur-Mer, Dinard, Cherbourg, Enghien-les-Bains.

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